Dis maman, c’est quoi la "Traduction" ?

Depuis maintenant 3 ans, je navigue contre vents et marées dans l’univers impitoyable de la traduction sur ma fidèle chaise de bureau, modèle X65-320 pour les connaisseurs, et même après tout ce temps, niché au milieu de traducteurs, je découvre encore des facettes du métier.
C’est surtout au contact de nos nouveaux clients et au travers de mon superbe télescope que je m’aperçois qu’ils sont nombreux à ne pas trop savoir ce qui se cache derrière le mot « traduction ».

Pour certains, traduire est une tâche purement mécanique, automatique, plus proche du réflexe que du domaine intellectuel. Alors, bien entendu, certaines habitudes et approches permettent au traducteur d’améliorer son efficacité, mais cette rapidité s’acquiert avec de l’expérience et non avec une mécanique instaurée d’office.
Le secret pour profiter de cette expérience et rapidité d’exécution est de toujours utiliser la même équipe de traduction pour ses documents. Cela permet d’assurer une certaine homogénéité entre les différents textes traduits sur une longue période et généralement les traducteurs concernés connaissent les petites préférences stylistiques du client et savent plaire au bout de deux tournures. C’est comme de retourner chez le coiffeur et de dire « comme la dernière fois s’il vous plaît ! ». Pas de mauvaises surprises !

C’est sûr que ce préjugé d’automatisation, avec la propagation d’outils tels que Google Translate, se retrouve fortement alimenté. On a vite fait de penser qu’il suffit de lire ou rentrer une phrase pour que son équivalence dans une autre langue sorte avec facilité. Mais malheureusement, comme partout ailleurs, le monde de la traduction n’échappe pas à la loi universelle du « tout est possible, mais si vous voulez de la qualité, il faut la payer TM».
Google Translate comme un traducteur peu cher et prêt à faire des concessions de qualité pour répondre à votre impératif de délai le plus fou vous permettent en effet d’avoir des traductions en un clin d’œil. Par contre, le jargon utilisé pour la traduction ne se prêtera sûrement pas aux standards de qualité appliqués lors de la rédaction du texte d’origine.

Traduire dans l’urgence est quelque chose de faisable, mais il ne faut pas perdre de vue qu’un traducteur, s’il veut bien faire son travail, ne peut pas traduire 30 ou 40 pages de documents dans une journée. Il a besoin de temps pour faire des recherches, car il peut être spécialisé en finance ou dans le juridique, mais il est sûrement bien loin d’aussi bien connaître le secteur d’activité de son client que le client lui-même. Les recherches sont donc vraiment une étape nécessaire pour faire un travail de qualité.

L’erreur majeure du nouveau client est de penser qu'avec la rédaction d'un texte, le plus dur est fait. Certes, la rédaction demande du temps notamment avec la recherche et le tri de données.
Même si le traducteur n'a pas à affronter cette partie lors de son travail de traduction, il lui faut néanmoins transposer des idées, des notions d'une langue à une autre qui a sûrement des codes grammaticaux différents.
Là où son rôle se corse, c’est dans le cas de figure où un client anglais, par exemple, reçoit un texte français et l’envoie en traduction pour voir de quoi il en retourne. La version anglaise faite par notre traducteur peut se voir critiquée sur la construction des idées, les tournures employées et le choix des mots. Le client jugeant et critiquant le texte dans sa langue natale, il est alors bien peu aisé de lui faire comprendre que le document français envoyé à traduire possède les mêmes lacunes et que la traduction n’est que le miroir du document original et ne peut être en aucun cas un travail de réécriture.

Donc si par hasard, vous échouez sur une île déserte avec un besoin de traduction, n’hésitez pas à demander votre chemin à l’autochtone plutôt que de devoir brûler la petite forêt vierge pour envoyer un signal.
La différence de résultat est flagrante !