Une Australienne à L’Arbresle, on n'en croise pas tous les jours

Sa remarque m’a fait sourire. Il ne savait alors pas encore qu’il croiserait cette Australienne tous les jours pendant les six mois à venir tandis que je me rendais chez Over the Word, une agence de traduction au beau milieu de la campagne française, à 40 minutes en train à l'ouest de Lyon. Après six ans passés sur les bancs de la fac, mon premier jour de stage était enfin arrivé. J’étais à la fois impatiente de mettre en pratique mes connaissances théoriques et encore plus nerveuse qu'un adolescent lors de son premier jour au lycée.

Cinq mois plus tard, et de nombreux trains ratés, ce sentiment n’est plus qu’un vague souvenir. Je fais maintenant partie intégrante de l’équipe de traduction et j’occupe mon poste en toute confiance. Je n’y suis pas arrivée du jour au lendemain, mais j’y suis arrivée. Sans même m’en rendre compte, sans doute car j’étais submergée de projets à traiter, ce qui me semblait impossible à accomplir en si peu de temps était tout de même devenu réalité. Et c’est avec une grande fierté et un sentiment d’accomplissement que je prends quelques minutes pour réfléchir sur mon expérience tandis que j’entame mon dernier mois au sein de la société.

Comment donc une fille de Melbourne s’est-elle retrouvée dans un bureau à L’Arbresle ? Eh bien, j'ai toujours été intéressée par les langues et j'ai donc intégré une double licence Arts/Droit à l’Université Monash afin de poursuivre mes études de français. J’ai validé ma troisième année à l'étranger en échange à Lyon et un an plus tard, alors que j’assistais à un cours interminable de Droit des biens, je me suis soudain rendue compte que je ne voulais pas devenir avocate. L’idée que le français ne soit qu'un intérêt secondaire dans ma vie, consistant simplement à prononcer correctement « petit four » en soirée, me remplissait de tristesse. La décision d’abandonner mes études de droit n’a pas été facile à prendre, mais j’ai décidé de vivre de ma passion et je me suis alors orientée vers une carrière présentant moins d'opportunités et un salaire bien inférieur en intégrant un master en traduction.

L'Université Monash, en partenariat avec l’Université Jean Moulin Lyon 3, propose un parcours spécial qui permet aux étudiants en traduction dont les langues de travail sont l’anglais et le français de valider une année dans chaque pays et d’obtenir un diplôme délivré par chaque établissement. La première année en Australie prévoit une introduction à la théorie de la traduction et à la traduction littéraire, tandis que la deuxième année en France est articulée autour de la traduction juridique et financière. La formation française comprend également un stage de 6 mois en entreprise.

Pourquoi avoir choisi Over the Word pour effectuer ce stage ? En tant que société leader dans le secteur de la traduction juridique et financière, ce choix était une évidence compte tenu de mon parcours. Le domaine de travail n’est pas la seule raison pour laquelle j’ai soumis ma candidature à Over the Word : la philosophie et l’éthique de la société étaient très proches de ma vision des choses. Tandis que la plupart des agences de traduction ayant réchappé de la crise financière mondiale ne sont composées que de chefs de projets et de relecteurs et externalisent la traduction à des indépendants à prix cassés, Over the Word a conservé son équipe interne. Je pense que ce type de structure, qui maintient un équilibre entre la production interne et externe, assure une plus grande qualité et cohérence, sans compter qu'un traducteur chevronné allait pouvoir me transmettre ses connaissances.

Combien de tasses de café ai-je préparé pendant ce stage ? Des centaines, mais elles étaient toutes pour moi ! Il ne s’agissait pas du tout du fameux stage-photocopies. Je me suis vue confier du travail intéressant dès le départ, que ce soit des exercices d’entraînement tels que des traductions/relectures en parallèle avec mon responsable, ou de réelles traductions et relectures destinées à être livrées au client. Les premiers temps, je suis principalement intervenue sur de la relecture afin de me familiariser avec les différents types de clients et de projets tout en développant mes connaissances en terminologie juridique et financière. Plus ma connaissance et mon aisance à l’égard du domaine traité s’amplifiaient et plus j’étais amenée à intervenir dans le processus de traduction. J’ai traduit des documents tels que des communiqués de presse, des rapports financiers, des testaments, des contrats et des documents d’identité. J’ai également participé à l’organisation et à la mise à jour de références terminologiques (ex. création et modification de mémoires de traduction sous Studio) et j’ai réalisé quelques tâches de gestion de projets et de relation clients.

Je bénéficiais d’un retour régulier de mon responsable sur mon travail et avais la chance d’avoir un patron qui non seulement écoutait mes suggestions mais en mettait même certaines en pratique. Il était ce que les Australiens appelleraient un « bon gars », sympathique et sensible aux différences culturelles (en particulier s’agissant de mon attitude « à l’australienne », parfois un peu trop décontractée). Le reste de l’équipe était tout aussi agréable et toujours prête à s’entraider, et malgré les délais serrés, les gros volumes à traiter et les fichiers endommagés, tout le monde s’entendait bien. En conclusion, ce stage a été très bénéfique et il m’a permis de vivre une expérience extrêmement enrichissante du point de vue de mon développement personnel et professionnel.

Miranda Malpeli

Pour consulter le blog de Miranda : http://franglais.com.au/